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Radio divan, pour une psychanalyse populaire #11 : le silence



La question du silence de l’analyste est souvent sujet à rire. Pourquoi l’analyste

garde-t-il le silence ? Ecoute-t-il vraiment ? N’est-il pas en train de dormir ? Est-ce qu’il n’a

donc rien à dire ? Le silence fait partie du cadre de la séance d’une cure. L’analyste garde ce

silence pour que l’analysant prenne toute sa place.


En 1913, Sigmund Freud est catégorique :

C’est au patient de choisir le sujet dont il va parler. Le silence est constitutif de la technique

analytique. Dans une séance, l’analyste fait silence, n’impose pas sa parole pour laisser

libre cours à la parole de l’analysant. Libre cours, c’est exactement cela. Le silence se

conjugue avec l’association libre. L’analyste fait silence pour ne pas interférer avec la libre

association que l’analysant produit, exprime.


Pour ne pas interrompre les idées associées

librement. Si l’analyste interfère avec ses mots, l’expression de son univers mental, il

brise cette expression continue, casse la cohérence de la construction de la parole de

l’analysant. Toutefois, entre faire silence et ne pas intervenir, il y a un écart. L’analyste fait

silence, au tout début de la séance pour laisser poindre chez le patient un événement, un

souvenir, une image. C’est le silence de l’installation des mots. Le silence de la dépose.


Puis il y aurait le silence de l’attente, Un silence qui fracture les phrases. Parce qu’elles ne

peuvent être enchaînées les unes aux autres. Un silence qui sépare les idées, les

mouvements de la pensée qui vire et qui retourne, fait une marche arrière, reprend de la

vitesse. Des silences qui attendent le mot qui veut être juste, en adéquation avec la pensée.

Un silence qui attend que la pensée s’élabore pour mieux s’offrir à la communication avec

l’autre, à l’expression de soi.


Et le silence de cette écoute laisse la place aux bruits du corps et de la résonnance qui suit le

son du mot prononcé. Un silence qui explore les recoins où viennent se loger les réactions

non verbalisées. Le silence de l’analysant qui s’insère dans la narration d’un récit. Un silence

qui arrête, stoppe le récit, car il y a de la difficulté à continuer de parler.

Et puis le silence de l’analyste va de pair avec son attention flottante. Qui aide d’abord

l’analyste à mémoriser ce qui est dit par l’analysant, et pour Jacques Lacan qui permet à

l’analyste d’être à l’écoute des sons ou phonèmes, des mots, des locutions, mais aussi les

pauses, les coupes, périodes et parallélismes.


On pourrait dire qu’il y a d’un côté l’association

libre mise en route par l’analysant, et de l’autre l’attention flottante de l’analyste. L’un sort du

silence, l’autre prend en compte le silence. Comme le dit Claude Bolzinger, dans son article La

voix du silence en psychanalyse, dans Sigila, 2012/1, n° 29, p.59 à 69. L’analyste est cette

voix qui brise le silence par une question. Il donne voix à l’affect enkysté dans le silence.

Que le récit, donné par la technique de l’attention flottante, ne peut être narré dans le silence

du cabinet de l’analyste, la souffrance reste bruyante et invasive.

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